Faut-il traduire ou réécrire son site pour le marché allemand ?
Réécrire. Une traduction fidèle conserve les ellipses du texte français, et c'est exactement ce qui manque au lecteur allemand.
Faut-il traduire ou réécrire son site pour le marché allemand ?
Réécrire. La réponse est courte, et elle surprend souvent. Une traduction de qualité coûte du temps et de l'attention. On s'attend donc à ce qu'elle suffise.
Elle ne suffit pas, pour une raison simple. Une traduction fidèle conserve tout ce que dit le texte français. Elle conserve aussi tout ce qu'il ne dit pas. Or un texte français repose sur des ellipses : il suggère, il laisse deviner, il compte sur le lecteur pour compléter.
Le lecteur allemand ne complète pas. Il attend que l'information soit écrite. Les ellipses que la traduction a soigneusement préservées sont exactement ce qui lui manque. La phrase est juste. La page est incomplète.
Qu'est-ce qu'une erreur de traduction qui n'est pas une faute ?
Les erreurs qui coûtent le plus cher sur un site allemand ne sont pas des fautes. Ce sont des mots justes adressés à la mauvaise personne. La grammaire est impeccable, l'orthographe aussi. Mais le mot choisi parle à un autre public que celui que vous visez.
J'appelle cela des erreurs de destinataire. Elles ont une propriété gênante : elles sont invisibles à la relecture. Personne ne les signale, parce qu'il n'y a rien à signaler au sens linguistique. Deux exemples suffisent à le montrer.
Comment dit-on formation en allemand pour vendre un séminaire ?
Le mot français « formation » couvre un champ très large. En allemand, il se divise en au moins cinq termes, selon ce que vous vendez réellement :
- Ausbildung : la formation initiale, notamment l'apprentissage en alternance sur plusieurs années.
- Weiterbildung : la formation continue au sens large.
- Fortbildung : le perfectionnement dans un métier déjà exercé.
- Lehrgang : un cursus structuré, souvent sanctionné par une attestation.
- Kurs : un cours, sans connotation de parcours long.
Prenons un séminaire de deux jours pour des cadres. Si la page le présente sous le mot Ausbildung, elle s'adresse en pratique à des lycéens qui cherchent un apprentissage de trois ans. Le cadre visé ne se reconnaît pas. Il passe.
La phrase reste grammaticalement parfaite. Le traducteur a choisi l'équivalent le plus courant. Le relecteur natif lit une phrase correcte. Personne ne corrige rien, et la page parle au mauvais public pendant des années.
Pourquoi louer pose-t-il problème en allemand ?
Deuxième exemple, plus discret encore. En français, « louer » sert aux deux parties d'un contrat. Le propriétaire loue son appartement. Le locataire loue un appartement. Un seul mot, deux rôles opposés.
L'allemand impose de choisir. Vermieten quand on donne en location, donc quand on est propriétaire. Mieten quand on prend en location, donc quand on est locataire.
Une plateforme qui met en relation les deux publics doit savoir, à chaque phrase, à qui elle parle. Une traduction qui ne pose pas la question produira des pages où le propriétaire lit un message destiné au locataire. Chaque phrase est correcte. L'ensemble ne sait pas à qui il s'adresse.
Le même phénomène touche les mots-clés. La personne qui cherche à louer son bien ne tape pas les mêmes mots que celle qui cherche un logement. Un mauvais choix ici ne se voit pas dans le texte. Il se voit dans les recherches qui ne vous trouvent jamais. C'est l'un des points que je développe sur le référencement Google.de.
Une relecture native suffit-elle à corriger un site traduit ?
Non. C'est la conclusion la plus inconfortable de cet article, mais elle découle des exemples précédents.
Un relecteur natif vérifie la langue. Il repère les fautes, les tournures maladroites, les anglicismes. C'est utile. Mais les erreurs de destinataire ne relèvent pas de la langue. Elles relèvent de l'offre. Pour les voir, il faut savoir ce que vous vendez, à qui, et comment ce public cherche et décide.
Une relecture native ne les attrape pas, puisqu'il n'y a rien à corriger. Le relecteur rend un texte propre. Vous concluez que le site est prêt. Il ne l'est pas.
Que veut dire réécrire un site pour l'Allemagne ?
Réécrire ne veut pas dire tout inventer. Le fond reste le vôtre : votre offre, votre méthode, vos engagements. Ce qui change, c'est le point de départ.
Une traduction part du texte français. Une réécriture part du lecteur allemand. Elle commence par trois questions : qui lit cette page, que cherche-t-il, avec quels mots ? Puis elle reconstruit la page dans l'ordre où ce lecteur attend l'information, en choisissant chaque terme pour lui.
Concrètement, cela produit souvent une page plus longue, plus précise, avec un périmètre écrit et des conditions visibles. Les ellipses disparaissent. Les mots ambigus sont tranchés. Le texte cesse d'être une version de la page française pour devenir une page allemande.
C'est le travail que je décris dans ma façon d'aborder la stratégie pour le marché allemand : décider à qui l'on parle avant de décider comment on le dit.
Comment savoir si mon site allemand a été traduit ou réécrit ?
Un test simple. Prenez une page clé et posez-vous deux questions. Chaque terme métier a-t-il été choisi pour le public précis que vous visez, ou est-il l'équivalent le plus courant du mot français ? La page contient-elle des informations absentes de la version française ?
Si la réponse à la seconde question est non, la page a été traduite. Elle peut être excellente. Elle reste construite pour un lecteur qui n'est pas celui que vous cherchez.